Épaule raide et douloureuse : et si c'était une capsulite rétractile ?
Votre épaule est douloureuse et s'enraidie progressivement, vous ne pouvez plus lever le bras ni attacher votre soutien-gorge ? La capsulite rétractile, ou « frozen shoulder », est une pathologie fréquente qui évolue favorablement… à condition d'être bien prise en charge.

Kinésithérapeute D.E.
La capsulite rétractile : une pathologie déroutante
Elle commence souvent de manière insidieuse, souvent diagnostiqué comme une tendinopathie ou conflit sous acromial. Une douleur diffuse à l'épaule, d'abord nocturne, qui s'installe sur quelques semaines. Puis l'épaule s'enraidit progressivement. Un matin, on réalise qu'on ne peut plus passer le bras derrière le dos, qu'attraper la ceinture de sécurité est devenu un calvaire, que s'habiller nécessite des contorsions. C'est le tableau classique de la capsulite rétractile, aussi appelée « épaule gelée » ou « frozen shoulder ».
Cette pathologie touche 2 à 5% de la population générale, mais jusqu'à 20% des patients diabétiques. Elle concerne plus souvent les femmes, entre 40 et 60 ans, et le côté non dominant.
Qu'est-ce qui se passe dans l'épaule ?
La capsule articulaire, cette enveloppe souple qui entoure l'articulation gléno-humérale, s'enflamme puis se rétracte. Elle devient épaisse, rigide, adhère aux structures environnantes. Le volume articulaire, qui est normalement de 15 à 35 ml, peut chuter à 5 ml voire moins. L'épaule est littéralement « engluée ».
On ne connaît pas parfaitement les causes de ce processus. Des facteurs de risque sont bien identifiés :
Diabète (facteur de risque majeur, x5)
Dysthyroïdie
Immobilisation prolongée (post-fracture, post-chirurgie)
Pathologie cardiaque ou thoracique récente
Maladie de Dupuytren
Mais dans 30 à 40% des cas, la capsulite survient sans aucun facteur déclenchant identifié. On parle alors de capsulite « primitive » ou idiopathique.
Les trois phases : comprendre pour mieux accompagner
La capsulite évolue classiquement en trois phases. Connaître ces phases est essentiel, tant pour le kinésithérapeute que pour le patient, car la stratégie thérapeutique change selon le stade.
Phase 1 : la phase inflammatoire (« freezing »)
C'est la phase la plus pénible. La douleur est au premier plan, souvent nocturne, parfois insomniante. L'épaule commence à se raidir mais c'est surtout la douleur qui limite les mouvements. Le patient consulte généralement à ce stade.
Prise en charge :
Priorité absolue : gérer la douleur, la meilleure solution une fois le diagnostique établit est l'infiltration gléno-humérale +/- arthro-distension par un rhumatologue
En attendant, kinésithérapie : antalgique et mobilisations douces
Erreur fréquente : forcer les mobilisations en phase inflammatoire. C'est contre-productif et risque d'aggraver l'inflammation et la douleur. Moins, c'est mieux.
Phase 2 : la phase de raideur (« frozen »)
Une fois l'infiltration faite, la douleur est bien atténuée, il faut récupérer les amplitudes articulaires avec la kinésithérapie.
Prise en charge :
C'est maintenant qu'on intensifie le travail de mobilisation
Étirements capsulaires progressifs (en rotation externe ++ et en élévation)
Mobilisations spécifiques de Maitland ou Kaltenborn (glissements accessoires)
Technique de Mulligan (mobilisation avec mouvement)
Auto-exercices quotidiens : montées au mur, exercice de la serviette, poulie
La chaleur avant les exercices aide à détendre les tissus
Phase 3 : la phase de récupération (« thawing »)
La mobilité revient graduellement. Le patient retrouve de l'amplitude semaine après semaine. C'est la phase la plus gratifiante, mais il faut maintenir le travail.
Prise en charge :
Poursuite des mobilisations et étirements capsulaires
Renforcement progressif de la coiffe et des stabilisateurs scapulaires
Reprise progressive des activités sportives et professionnelles
Travail proprioceptif
Durée totale : patience obligatoire
L'évolution naturelle de la capsulite rétractile s'étend sur 12 à 30 mois. Avec une infiltration on réduit considérablement ce temps. Mais avec une bonne prise en charge, 90% des patients retrouvent une mobilité fonctionnelle satisfaisante.
Les études récentes nuancent toutefois l'idée d'une guérison « complète » : environ 40% des patients conservent un léger déficit de rotation externe, le plus souvent non gênant au quotidien.
Et les traitements complémentaires ?
L'infiltration de corticoïdes
Efficace en phase inflammatoire pour réduire la douleur et permettre de débuter la rééducation dans de meilleures conditions. Son effet est cependant temporaire (4 à 6 semaines) et ne raccourcit pas la durée globale de la maladie.
La distension capsulaire (hydrodilatation)
Injection de sérum physiologique sous pression dans l'articulation pour distendre la capsule rétractée. Réalisée sous guidage radiologique ou échographique. Les résultats sont encourageants en complément de la kinésithérapie.
La mobilisation sous anesthésie générale
Réservée aux formes résistantes après plusieurs mois de traitement bien conduit. Le chirurgien mobilise l'épaule sous anesthésie pour rompre les adhérences capsulaires. La rééducation intensive doit démarrer immédiatement après le geste.
L'arthrolyse arthroscopique
Section chirurgicale de la capsule rétractée sous arthroscopie. Dernier recours, réservé aux formes très sévères et réfractaires à tous les autres traitements.
Les pièges diagnostiques
Attention : toute épaule raide et douloureuse n'est pas une capsulite. Il faut éliminer :
Une rupture de coiffe (perte de force en rotation externe active)
Une arthrose gléno-humérale (crépitations, pincement radiologique)
Une algodystrophie (troubles vasomoteurs, troubles trophiques)
Une pathologie cervicale projetée sur l'épaule
Mon conseil
Si votre épaule se raidit progressivement sans raison apparente, consultez rapidement. Plus la capsulite est prise en charge tôt, mieux elle évolue. Et surtout, gardez confiance : c'est une maladie qui guérit. Le chemin est parfois long, mais la destination est bonne.
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