Le syndrome du piriforme : la fausse sciatique
Douleur dans la fesse, irradiation dans la cuisse, impossibilité de rester assis… Le syndrome du piriforme mime une sciatique mais n'en est pas une. Focus sur cette pathologie sous-diagnostiquée et ses solutions en kinésithérapie.

Kinésithérapeute D.E.
Le piriforme : un petit muscle qui peut faire très mal
Enfoui sous la masse des muscles fessiers, le piriforme (ou pyramidal) est un muscle relativement petit mais stratégiquement placé. Il relie le sacrum au grand trochanter du fémur et joue un rôle de rotateur externe de hanche. Jusque-là, rien de spectaculaire.
Ce qui rend le piriforme si particulier, c'est son rapport anatomique intime avec le nerf sciatique. Dans la configuration classique (85% de la population), le nerf sciatique passe juste en dessous du piriforme, dans un espace étroit appelé la grande échancrure sciatique. Chez environ 15% des individus, le nerf traverse le muscle lui-même ou passe au-dessus de lui. Cette variabilité anatomique explique pourquoi certaines personnes sont plus vulnérables que d'autres.
Quand le piriforme comprime le nerf sciatique
Le syndrome du piriforme survient quand le muscle devient hypertrophié, spasmé ou enflammé, et comprime ou irrite le nerf sciatique à son passage. Le résultat : une douleur qui ressemble à s'y méprendre à une sciatique d'origine lombaire, mais dont l'origine est bien plus basse.
On estime que le syndrome du piriforme est responsable de 6 à 8% des douleurs fessières et sciatalgies. C'est loin d'être anecdotique, et pourtant le diagnostic est souvent posé tardivement, après des mois d'errance médicale, des IRM lombaires normales et des traitements inefficaces.
Les symptômes : une sciatique qui ne vient pas du dos
Le tableau clinique du syndrome du piriforme est assez caractéristique, à condition de savoir ce qu'on cherche :
- Douleur fessière profonde, souvent décrite comme un « point » ou une « boule » dans la fesse
- Irradiation dans la cuisse postérieure, parfois jusqu'au mollet ou au pied (trajet sciatique)
- Aggravation en position assise prolongée : c'est le signe cardinal. Le patient ne supporte plus les longs trajets en voiture, les réunions, le cinéma
- Douleur augmentée à la rotation interne de hanche (qui met le piriforme en tension)
- Amélioration à la marche dans un premier temps, contrairement à la sciatique discale qui empire souvent à l'effort
- Douleur nocturne possible, surtout en dormant sur le côté atteint
Le diagnostic : un raisonnement clinique avant tout
Il n'existe pas d'examen complémentaire de référence pour diagnostiquer formellement un syndrome du piriforme. C'est un diagnostic clinique, basé sur l'interrogatoire et l'examen physique.
Les tests cliniques
Plusieurs tests orientent le diagnostic :
- Test de Freiberg : rotation interne passive de hanche en extension → reproduit la douleur en étirant le piriforme
- Test de Pace : contraction résistée en abduction et rotation externe de hanche → met le piriforme sous tension
- Test FAIR (Flexion-Adduction-Internal Rotation) : flexion de hanche à 60°, adduction et rotation interne → le test le plus spécifique
- Palpation profonde du piriforme à travers le grand fessier → reproduction de la douleur locale et de l'irradiation
Ce qu'il faut éliminer
Avant de conclure au syndrome du piriforme, il faut exclure :
- Une hernie discale lombaire (IRM si doute)
- Une sténose du canal lombaire
- Une pathologie de l'articulation sacro-iliaque
- Une tendinopathie des ischio-jambiers proximaux (siège très proche)
- Une fracture de fatigue du sacrum (chez le coureur)
Les causes : pourquoi le piriforme se contracte-t-il ?
Le piriforme ne se spasme pas sans raison. Comprendre les facteurs déclenchants est essentiel pour éviter les récidives :
- Position assise prolongée : le piriforme est comprimé entre le siège et le sacrum. Les professions sédentaires et les longs trajets sont des facteurs majeurs.
- Course à pied : le piriforme est très sollicité comme stabilisateur de hanche pendant la phase d'appui. Une augmentation brutale du kilométrage ou un déficit des stabilisateurs de hanche peuvent le surcharger.
- Traumatisme direct : chute sur la fesse, hématome local
- Déficit du moyen fessier : quand le moyen fessier est faible, le piriforme compense et travaille au-delà de ses capacités
- Hyperlordose lombaire ou instabilité sacro-iliaque : des dysfonctions biomécaniques en amont peuvent surcharger le piriforme
Le traitement en kinésithérapie
La bonne nouvelle, c'est que le syndrome du piriforme répond très bien au traitement conservateur. La mauvaise nouvelle, c'est que si on ne traite que le symptôme (le spasme) sans s'occuper de la cause (la surcharge), ça revient.
Phase 1 : Décontraction et soulagement
- Étirements du piriforme : en position assise (figure du 4), en décubitus dorsal (flexion-adduction-rotation interne). Maintenus 30 à 60 secondes, répétés 3 à 4 fois par jour.
- Techniques de thérapie manuelle : pressions ischémiques profondes sur le piriforme, relâchement myofascial, mobilisations de la sacro-iliaque
- Dry needling : c'est une de nos techniques de choix pour le piriforme. L'aiguille atteint directement le muscle en profondeur (5 à 8 cm), là où les doigts ne vont pas. Sous guidage échographique, la précision est maximale et la sécurité optimale. Les résultats sont souvent spectaculaires dès la première séance.
- Neurodynamique : mobilisations du nerf sciatique (sliders, tensioners) pour restaurer sa capacité de glissement dans son tunnel
Phase 2 : Correction des facteurs causaux
- Renforcement du moyen fessier : c'est la clé de voûte du traitement. Exercices en chaîne ouverte (abduction latérale, clamshell) puis en chaîne fermée (squat unipodal, step-up latéral)
- Stabilisation lombo-pelvienne : gainage, contrôle moteur du bassin, exercices de stabilisation dynamique
- Travail de la foulée (pour les coureurs) : analyse de course, correction des compensations, renforcement spécifique
- Ergonomie : adaptation du poste de travail assis, pauses régulières, coussin adapté
Phase 3 : Retour à l'activité
- Reprise progressive de la course à pied ou de l'activité sportive
- Maintien des exercices de renforcement et d'étirement en autonomie
- Suivi régulier pour prévenir les récidives
Le dry needling échoguidé : un atout majeur
Au cabinet, nous disposons de l'échographie et de la formation au dry needling échoguidé. Pour le piriforme, c'est un avantage considérable. Le muscle est profond, recouvert par le grand fessier, et sa palpation est imprécise. Sous échographie, on visualise le piriforme, le nerf sciatique, et on guide l'aiguille avec une précision millimétrique.
La réponse de secousse locale (twitch response) obtenue lors du needling provoque un relâchement immédiat du spasme musculaire. La plupart des patients ressentent un soulagement significatif dans les 24 à 48 heures suivant la séance.
Pronostic et durée de traitement
Avec une prise en charge adaptée, la majorité des syndromes du piriforme se résolvent en 4 à 8 semaines. Les formes chroniques (installées depuis plusieurs mois) peuvent nécessiter un traitement plus long, de l'ordre de 3 à 4 mois.
Les récidives sont fréquentes si le travail de fond (renforcement du moyen fessier, ergonomie, gestion de la charge d'entraînement) n'est pas maintenu. C'est la différence entre un traitement qui soulage et un traitement qui guérit.
Le mot de la fin
Si vous avez une douleur dans la fesse avec irradiation dans la jambe, que votre IRM lombaire est normale et que la position assise est devenue un calvaire, pensez au syndrome du piriforme. C'est une pathologie fréquente, sous-diagnostiquée, mais qui se traite très bien. N'attendez pas des mois : consultez.
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