Rééducation pré-opératoire avant reconstruction du LCA : pourquoi et comment faire ?
La rupture du LCA est fréquente chez les sportifs et nécessite souvent une chirurgie. La rééducation pré-opératoire (prehab) prépare le genou par le renforcement musculaire, la mobilité, la proprioception et l’éducation du patient. Elle améliore la récupération post-opératoire sans augmenter les complications. Au Pôle Santé Sport, une prise en charge spécialisée et individualisée accompagne les patients jusqu’au retour au sport.

Kinésithérapeute D.E.
La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) du genou est l’une des lésions sportives les plus fréquentes, souvent suivie d’une reconstruction chirurgicale (ligamentoplastie) et d’un long parcours de rééducation. Un aspect essentiel mais parfois sous-estimé de ce parcours est la rééducation pré-opératoire, aussi appelée prehabilitation ou prehab.
Épidémiologie de la rupture du LCA
On estime que l’incidence des ruptures du LCA se situe entre 30 et 78 cas pour 100 000 personnes par an, avec une nette prédominance chez les sujets âgés de 15 à 35 ans. Chez les sportifs, cette incidence peut être multipliée par 3 à 5 selon la discipline pratiquée.
Les femmes présentent par ailleurs un risque plus élevé de rupture du LCA que les hommes dans certains sports, en lien avec des facteurs biomécaniques, neuromusculaires et hormonaux.
En France, plusieurs dizaines de milliers de ligamentoplasties du LCA sont réalisées chaque année. La chirurgie n’est cependant qu’une étape du traitement : la prise en charge kinésithérapique, avant et après l’intervention, conditionne largement le résultat fonctionnel final.
Qu’est-ce que la rééducation pré-opératoire ?
La rééducation pré-opératoire est un programme de soins kinésithérapiques réalisé entre le diagnostic de la rupture du LCA et la chirurgie. L’objectif est d’optimiser l’état du genou — mobilité, force musculaire, contrôle neuromusculaire — afin de préparer le patient à la chirurgie et d’améliorer les résultats postopératoires.
Concrètement, cela inclut des exercices ciblés sur :
• la force musculaire, notamment du quadriceps et des ischio-jambiers ;
• l’amplitude articulaire du genou ;
• la proprioception et l’équilibre ;
• l’éducation du patient sur la progression post-opératoire.
Quels bénéfices pour le patient ?
Meilleure fonction musculaire avant et après chirurgie
Plusieurs revues systématiques montrent que la rééducation pré-opératoire est associée à :
• une amélioration de la force musculaire du quadriceps et des scores fonctionnels avant et après la reconstruction ;
• une meilleure symétrie entre les deux jambes, ce qui est un facteur positif pour la récupération globale.
Même si les preuves disponibles sont de qualité méthodologique limitée, les données existantes indiquent que des programmes structurés de prehab (incluant force, contrôle et proprioception) améliorent certaines performances fonctionnelles comparées à l’absence de prehab.
Récupération potentiellement accélérée
Une étude randomisée contrôlée récente rapporte que le groupe ayant suivi une prehab structurée a :
• de meilleurs scores fonctionnels (IKDC) à 12 mois ;
• moins de douleur ressenti ;
• une réduction de l’asymétrie musculaire ;
• une reprise fonctionnelle plus rapide après la chirurgie.
Retour au sport et satisfaction
Des revues montrent aussi que la prehab est corrélée à :
• des meilleurs scores auto-rapportés de fonction du genou avant et jusqu’à deux ans après la chirurgie ;
• une tendance à un retour plus rapide au sport, même si les preuves ne sont pas encore totalement concluantes.
Pas d’augmentation des complications
Les pratiques actuelles de rééducation pré-opératoire sont jugées sûres, sans augmentation notable des complications pré- ou post-opératoires par rapport aux patients n’ayant pas fait de prehab.
Ce que doit contenir un programme de rééducation pré-opératoire
Un programme de prehab bien structuré avant une reconstruction du LCA devrait intégrer :
Renforcement musculaire
• quadriceps (contraction isométrique, travail progressif en charge) ;
• ischio-jambiers ;
• muscles stabilisateurs de la hanche et du tronc.
Amplitude articulaire
• récupération complète de l’extension passive et active ;
• mobilisation progressive de la flexion.
Proprioception et neuromusculaire
• exercices d’équilibre progressifs ;
• exercices intégrant perturbations et contrôle dynamique.
Durée et fréquence
Bien que les protocoles varient, 4 à 8 semaines de prehab, avec plusieurs séances par semaine encadrées par un kinésithérapeute, sont généralement recommandées lorsque le délai avant chirurgie le permet.
Implication du patient
L’engagement actif du patient est essentiel. La perception du patient est positive : majoritairement, les patients estiment que la prehab les aide à maintenir la mobilité articulaire et la force musculaire avant l’opération, même si certains ne constatent pas d’effet sur la douleur ou la durée d’arrêt du travail.
Points de vigilance
• La littérature est encore limitée par la variabilité des protocoles et le nombre réduit d’essais randomisés de haute qualité.
• Il n’existe pas encore de programme universel standardisé ; les exercices doivent être adaptés au patient et à son stade de récupération.
Conclusion
La rééducation pré-opératoire avant reconstruction du LCA est un élément important de la prise en charge kinésithérapique. Elle optimise la force musculaire, la fonction du genou et peut faciliter une récupération plus rapide après chirurgie si elle est bien structurée et intégrée au parcours du patient. Même si le niveau de preuve peut encore être amélioré, les données scientifiques actuelles plaident en faveur de son intégration systématique lorsque les circonstances le permettent.
Au Pôle Santé Sport, les kinésithérapeutes sont spécialisés dans la prise en charge des lésions du LCA et du sportif, de la phase pré-opératoire jusqu’au retour au sport. Cette expertise permet un accompagnement personnalisé, fondé sur les données actuelles de la littérature scientifique et adapté aux exigences de chaque patient.